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En 1873, l'astronome danois Thorvald Thiele montre à ses collègues des motifs carrés, bleus et blancs, qui ressemblent à des carrelages. Ce ne sont pas des dessins d'artiste : chaque carreau est un nombre complexe, et sa couleur dit si ce nombre est, ou non, un carré « modulo » un nombre premier. Ces mosaïques de Thiele sont une image des congruences et des nombres complexes, les deux chapitres des mathématiques expertes.
La seconde partie du texte présente un autre dessin des congruences, très populaire aujourd'hui : les tables de multiplication sur un cercle, d'où sortent une cardioïde et une néphroïde. Ce texte rassemble des connaissances ; à chacun d'y choisir une direction et d'y construire sa question.
Rappelons que $a \equiv b \pmod{n}$ signifie que $n$ divise $a - b$ : $a$ et $b$ ont le même reste dans la division par $n$. Calculons les carrés des entiers de $0$ à $6$, puis leurs restes modulo $7$ :
| $x$ | $0$ | $1$ | $2$ | $3$ | $4$ | $5$ | $6$ |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| $x^2$ | $0$ | $1$ | $4$ | $9$ | $16$ | $25$ | $36$ |
| reste modulo $7$ | $0$ | $1$ | $4$ | $2$ | $2$ | $4$ | $1$ |
Les restes non nuls obtenus sont $1$, $2$ et $4$ : on les appelle les résidus quadratiques modulo $7$. Les restes $3$, $5$ et $6$ ne sont jamais atteints : ce sont les non-résidus. Par exemple, aucun carré d'entier ne se termine par $3$ quand on l'écrit en base $7$.
On remarque que la ligne des restes est symétrique : $x$ et $7 - x$ ont le même carré modulo $7$, car $(7 - x)^2 = 49 - 14x + x^2$ et $49 - 14x$ est un multiple de $7$. Modulo $11$, on trouve de la même façon les résidus $1, 3, 4, 5, 9$ : encore exactement la moitié des restes non nuls.
Soit $p$ un nombre premier impair. Parmi les restes non nuls $1, 2, \ldots, p - 1$, il y a exactement $\dfrac{p - 1}{2}$ résidus quadratiques.
Étape 1 : au plus la moitié. Pour tout entier $x$, on a $(p - x)^2 \equiv x^2 \pmod{p}$ comme ci-dessus. Les carrés de $1, \ldots, p - 1$ sont donc déjà tous obtenus avec $x = 1, \ldots, \tfrac{p-1}{2}$ : il y a au plus $\dfrac{p-1}{2}$ résidus.
Étape 2 : ces carrés sont deux à deux différents. Supposons $x^2 \equiv y^2 \pmod{p}$ avec $1 \leqslant x < y \leqslant \tfrac{p-1}{2}$. Alors $p$ divise $y^2 - x^2 = (y - x)(y + x)$. Comme $p$ est premier, il divise l'un des deux facteurs (lemme d'Euclide, conséquence du théorème de Gauss). Or $0 < y - x < p$ et $0 < y + x < p$ : aucun des deux n'est un multiple de $p$. C'est impossible.
Conclusion. Les $\dfrac{p-1}{2}$ carrés de l'étape 1 sont distincts : il y a exactement $\dfrac{p-1}{2}$ résidus quadratiques.
Le lemme d'Euclide est indispensable : modulo $8$, qui n'est pas premier, les carrés de $1$, $3$, $5$ et $7$ valent tous $1$, et il n'y a que deux résidus non nuls, $1$ et $4$. C'est Gauss qui a fait de ces questions une théorie, dans ses Recherches arithmétiques de 1801 ; son résultat le plus célèbre, la loi de réciprocité quadratique, relie le fait que $p$ soit un carré modulo $q$ au fait que $q$ soit un carré modulo $p$.
Un entier de Gauss est un nombre complexe $a + ib$ où $a$ et $b$ sont des entiers relatifs. Dans le plan complexe, ce sont les points du quadrillage à coordonnées entières. La somme et le produit de deux entiers de Gauss sont encore des entiers de Gauss :
$$(a + ib)(c + id)$$ $$= (ac - bd) + i(ad + bc).$$Par exemple, $(2 + i)(2 - i) = 4 - i^2 = 5$ et $(1 + i)^2 = 1 + 2i + i^2 = 2i$.
On mesure la « taille » d'un entier de Gauss par sa norme, le carré de son module : $N(a + ib) = a^2 + b^2 = |a + ib|^2$. Comme le module d'un produit est le produit des modules, on a pour tous entiers de Gauss $z$ et $w$ :
$$N(zw) = N(z) \times N(w).$$C'est l'outil principal de cette partie : il ramène les questions sur les entiers de Gauss à des questions sur les entiers ordinaires. Les seuls entiers de Gauss de norme $1$ sont $1, -1, i$ et $-i$ ; ils jouent le rôle que jouent $1$ et $-1$ chez les entiers ordinaires, et on les appelle les unités.
On copie la définition des entiers : si $\pi$ est un entier de Gauss non nul, on dit que $z \equiv w \pmod{\pi}$ lorsqu'il existe un entier de Gauss $k$ tel que $z - w = k\pi$. Les règles de calcul sont les mêmes que pour les entiers : on peut ajouter et multiplier des congruences.
À la main, avec $\pi = 3$. Le quotient $\dfrac{a + ib}{3} = \dfrac{a}{3} + i\,\dfrac{b}{3}$ est un entier de Gauss si et seulement si $3$ divise $a$ et $3$ divise $b$. Donc $a + ib \equiv c + id \pmod{3}$ revient à $a \equiv c$ et $b \equiv d$ modulo $3$. Chaque entier de Gauss est ainsi congru à un et un seul des neuf nombres $a + ib$ avec $a$ et $b$ dans $\{0, 1, 2\}$ : il y a $9$ classes, et $9$ est la norme de $3$.
C'est un fait général, que l'on admet : modulo un entier de Gauss $\pi$, il y a exactement $N(\pi)$ classes. On le vérifiera sur les figures : la mosaïque se répète par blocs de $N(\pi)$ carreaux.
Un entier de Gauss est premier de Gauss s'il n'est pas une unité et s'il ne peut pas s'écrire comme produit de deux entiers de Gauss qui ne sont pas des unités. Certains nombres premiers ordinaires ne le sont plus : $5 = (2 + i)(2 - i)$ et $2 = -i\,(1 + i)^2$. D'autres le restent.
Si $N(a + ib) = a^2 + b^2$ est un nombre premier, alors $a + ib$ est premier de Gauss.
Supposons $a + ib = zw$. En prenant les normes, $N(z) \times N(w) = a^2 + b^2$, qui est premier. L'un des deux entiers $N(z)$ ou $N(w)$ vaut donc $1$ : $z$ ou $w$ est une unité. Ainsi $a + ib$ est premier de Gauss.
Par exemple $2 + i$ (norme $5$), $3 + 2i$ (norme $13$) et $17 + 8i$ (norme $289 + 64 = 353$, qui est premier) sont premiers de Gauss.
Si $p$ est un nombre premier tel que $p \equiv 3 \pmod{4}$, alors $p$ est premier de Gauss.
Étape 1 : les carrés modulo $4$. Un entier est congru à $0$, $1$, $2$ ou $3$ modulo $4$, et son carré est alors congru à $0, 1, 0, 1$. Un carré est donc congru à $0$ ou $1$ modulo $4$, et une somme de deux carrés à $0$, $1$ ou $2$ : jamais à $3$.
Étape 2. Supposons $p = zw$ avec $z$ et $w$ qui ne sont pas des unités. Alors $N(z) \times N(w) = N(p) = p^2$, avec $N(z) \neq 1$ et $N(w) \neq 1$. Comme $p$ est premier, la seule possibilité est $N(z) = p$. En écrivant $z = a + ib$, on obtient $a^2 + b^2 = p$, donc $a^2 + b^2 \equiv 3 \pmod{4}$ : c'est impossible d'après l'étape 1.
Ainsi $3$, $7$, $11$, $19$ et $71$ sont premiers de Gauss, alors que $13 = (3 + 2i)(3 - 2i)$ ne l'est pas. On peut montrer (c'est plus difficile) qu'il n'y a pas d'autres premiers de Gauss, aux unités près, que ceux des deux propriétés. Enfin, on admet que le lemme d'Euclide reste vrai : si un premier de Gauss divise un produit, il divise l'un des facteurs.
Élevons au carré les neuf représentants $a + ib$, avec $(a + ib)^2 = (a^2 - b^2) + 2ab\,i$, puis réduisons les deux coordonnées modulo $3$ :
| $z$ | $z^2$ | modulo $3$ |
|---|---|---|
| $1$ ou $2$ | $1$ ou $4$ | $1$ |
| $i$ ou $2i$ | $-1$ ou $-4$ | $2$ |
| $1 + i$ ou $2 + 2i$ | $2i$ ou $8i$ | $2i$ |
| $1 + 2i$ ou $2 + i$ | $-3 + 4i$ ou $3 + 4i$ | $i$ |
Les carrés non nuls modulo $3$ sont $1$, $2$, $i$ et $2i$ : quatre classes sur huit, encore la moitié. Les quatre autres, $1 + i$, $1 + 2i$, $2 + i$ et $2 + 2i$, ne sont les carrés de rien. On remarque que $2$, qui n'est pas un carré modulo $3$ chez les entiers, en devient un chez les entiers de Gauss : $2 \equiv -1 = i^2$.
La démonstration du premier paragraphe se recopie presque mot pour mot. Soit $\pi$ un premier de Gauss de norme impaire. Si $z^2 \equiv w^2 \pmod{\pi}$, alors $\pi$ divise $(z - w)(z + w)$, donc divise $z - w$ ou $z + w$ : $w \equiv z$ ou $w \equiv -z$. Chaque carré non nul provient donc d'exactement deux classes, $z$ et $-z$, et il y a exactement $\dfrac{N(\pi) - 1}{2}$ carrés non nuls.
Thiele choisit un premier de Gauss $\pi$ et colorie chaque carreau du quadrillage, centré en un entier de Gauss $q$ :
La couleur d'un carreau ne dépend que de la classe de $q$ modulo $\pi$. Or $q + \pi \equiv q$ et $q + i\pi \equiv q$ : la mosaïque est donc invariante par les translations de vecteurs $\pi$ et $i\pi$. Ces deux vecteurs ont la même longueur $|\pi|$ et sont perpendiculaires (multiplier par $i$ fait tourner d'un quart de tour) : la mosaïque est faite d'un même motif, répété dans un carré de côté $|\pi|$ et d'aire $|\pi|^2 = N(\pi)$. Ce carré contient $N(\pi)$ carreaux, un par classe.
Il y a d'autres symétries. Puisque $-1 = i^2$ est un carré, si $q \equiv x^2$ alors $-q \equiv (ix)^2$ : $q$ et $-q$ ont la même couleur, et la mosaïque est symétrique par rapport à l'origine. Quand $\pi$ est un entier ordinaire, comme $3$ ou $19$, la conjugaison conserve les congruences modulo $\pi$ : la mosaïque est aussi symétrique par rapport à l'axe des réels.
La figure suivante colorie le quadrillage centré à l'origine selon la règle de Thiele. On peut choisir le premier de Gauss $\pi$ et la taille de la fenêtre, et faire apparaître le carré de période de côtés $\pi$ et $i\pi$.
multiple de $\pi$carrénon carré
Quelques observations à faire sur la figure, et à démontrer :
Pour savoir si un carreau $q$ est un multiple de $\pi$, on fait une division euclidienne chez les entiers de Gauss. On calcule $\dfrac{q}{\pi} = \dfrac{q\,\overline{\pi}}{N(\pi)}$, on arrondit ses deux coordonnées à l'entier le plus proche pour obtenir un quotient $k$, et le reste est $r = q - k\pi$. Quand la norme de $\pi$ est impaire, ce reste est le même pour tous les nombres d'une même classe : c'est un représentant de la classe, que l'on peut comparer aux carrés. Le programme représente $a + ib$ par le couple $(a, b)$.
On peut remplacer p = (2, 1) par (3, 0), (7, 0) ou (17, 8), et vérifier chaque fois que le nombre de carrés
non nuls vaut $\tfrac{N - 1}{2}$. Les deux boucles sur $a$ et $b$ parcourent un carré assez grand pour contenir un représentant
de chaque classe. La figure interactive, elle, utilise une autre méthode, plus rapide pour les grands $\pi$ : le critère d'Euler, admis
ici, selon lequel $q$ est un carré non nul si et seulement si $q^{(N - 1)/2} \equiv 1 \pmod{\pi}$, la puissance étant calculée par
exponentiation rapide.
Thorvald Nicolai Thiele naît à Copenhague en 1838 et y meurt en 1910. Astronome, il dirige l'observatoire de l'université de Copenhague et travaille sur les orbites, en particulier sur le problème des trois corps. Mais il est surtout un très grand statisticien : il étudie les erreurs de mesure, la méthode des moindres carrés, l'interpolation, et introduit les grandeurs que l'on appelle aujourd'hui les cumulants. Le statisticien Ronald Fisher le considérait comme l'un des plus grands de tous les temps.
Il est aussi actuaire : il fonde la compagnie d'assurance sur la vie Hafnia, dont il est le directeur mathématique, et calcule des tables de mortalité. Il participe à la fondation de la société danoise des actuaires.
D'après l'article de Christian Genest et Steffen Lauritzen dans la revue Accromath (2016), Thiele présente deux de ses motifs en 1873, lors d'un congrès des naturalistes scandinaves à Copenhague. Les mêmes auteurs rapportent que le sol de l'ancien siège de Hafnia, achevé en 1910 et occupé ensuite par le ministère danois de la Défense, est dallé selon la mosaïque de $\pi = 71$. Ces détails sont à vérifier dans leurs sources avant d'être cités.
Le travail de Thiele s'inscrit dans une longue histoire : c'est Gauss qui, vers 1830, a introduit les entiers qui portent son nom pour étudier les restes de puissances quatrièmes. Les mosaïques donnent à voir des propriétés que l'on démontre par le calcul : un bon exemple de ce que peut apporter une figure à un raisonnement.
On place $N$ points régulièrement espacés sur un cercle, numérotés de $0$ à $N - 1$, et on choisit un entier $k$. On relie chaque point $n$ au point dont le numéro est le reste de $kn$ modulo $N$. Les dessins obtenus sont devenus célèbres grâce à des vidéos de vulgarisation, celles de Mathologer et de Micmaths notamment.
À la main, avec $N = 10$ et $k = 2$.
| $n$ | $0$ | $1$ | $2$ | $3$ | $4$ | $5$ | $6$ | $7$ | $8$ | $9$ |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| $2n$ | $0$ | $2$ | $4$ | $6$ | $8$ | $10$ | $12$ | $14$ | $16$ | $18$ |
| reste | $0$ | $2$ | $4$ | $6$ | $8$ | $0$ | $2$ | $4$ | $6$ | $8$ |
On trace donc les cordes $1 \to 2$, $2 \to 4$, $3 \to 6$, $4 \to 8$, $5 \to 0$, et ainsi de suite. Le point $0$ est relié à lui-même : il n'y a pas de corde.
Plaçons le cercle dans le plan complexe, centré en $0$ et de rayon $1$, et notons $\omega = e^{2i\pi/N}$. Le point numéro $n$ a pour affixe $\omega^n = e^{2i\pi n/N}$ : ce sont les racines $N$-ièmes de l'unité, car $\omega^N = e^{2i\pi} = 1$. La corde issue du point $n$ va de $\omega^n$ à $\omega^{kn}$.
On comprend alors pourquoi les numéros se calculent modulo $N$ : si $kn = qN + r$, alors $\omega^{kn} = (\omega^N)^q \times \omega^r = \omega^r$. Deux conséquences :
Partons d'un point et suivons les cordes : $n \to kn \to k^2 n \to \cdots$ Avec $N = 7$ et $k = 2$, on obtient $1 \to 2 \to 4 \to 1$ et $3 \to 6 \to 5 \to 3$ : deux cycles de longueur $3$, parce que $2^3 = 8 \equiv 1 \pmod{7}$. Le plus petit exposant $d \geqslant 1$ tel que $k^d \equiv 1 \pmod{N}$ s'appelle l'ordre de $k$ modulo $N$.
Avec $N = 10$ et $k = 2$, au contraire, les points $0$ et $5$ arrivent tous les deux en $0$ : l'application $n \mapsto kn$ n'est pas une bijection. Ce n'est pas un hasard.
Si $k$ et $N$ sont premiers entre eux, l'application qui à $n$ associe le reste de $kn$ modulo $N$ est une bijection de $\{0, \ldots, N-1\}$ dans lui-même.
D'après le théorème de Bézout, il existe des entiers $u$ et $v$ tels que $uk + vN = 1$, donc $uk \equiv 1 \pmod{N}$. Si $kn \equiv m \pmod{N}$, alors en multipliant par $u$, $n \equiv um \pmod{N}$ : chaque point $m$ est atteint par un seul point $n$, le reste de $um$. L'application « multiplier par $u$ » est la bijection réciproque.
Avec $k = 2$ et $N = 10$, $2$ et $10$ ne sont pas premiers entre eux, d'où le « télescopage » observé.
Quand $N$ devient grand, les cordes de la table de $2$ dessinent le contour d'une courbe en forme de cœur, la cardioïde : elles en sont les tangentes. On dit que la cardioïde est l'enveloppe des cordes (voir le texte L'enveloppe d'une famille de courbes). Montrons-le, en remplaçant l'angle $2\pi n/N$ par un nombre réel $\theta$ quelconque.
La corde va de $A(\cos\theta\,;\sin\theta)$ à $B(\cos 2\theta\,;\sin 2\theta)$. On considère le point $M$ défini par
$$M(\theta) = \tfrac{2}{3}A + \tfrac{1}{3}B,$$c'est-à-dire
$$x(\theta) = \frac{2\cos\theta + \cos 2\theta}{3},$$ $$y(\theta) = \frac{2\sin\theta + \sin 2\theta}{3}.$$Étape 1 : $M$ est sur la corde. $M$ est le barycentre de $A$ et $B$ avec les coefficients $2$ et $1$ : il appartient au segment $[AB]$, au tiers de la longueur en partant de $A$.
Étape 2 : les dérivées. Pour alléger, notons $s_1 = \sin\theta$, $s_2 = \sin 2\theta$, $c_1 = \cos\theta$ et $c_2 = \cos 2\theta$. En dérivant (la dérivée de $\cos 2\theta$ est $-2\sin 2\theta$), on obtient
$$x'(\theta) = -\tfrac{2}{3}\left(s_1 + s_2\right),$$ $$y'(\theta) = \tfrac{2}{3}\left(c_1 + c_2\right).$$Le vecteur $\vec{u}\,(x'(\theta)\,;y'(\theta))$ dirige la tangente à la courbe décrite par $M$.
Étape 3 : la tangente est la corde. Le vecteur $\overrightarrow{AB}$ a pour coordonnées $(c_2 - c_1\,;s_2 - s_1)$. Le déterminant de $\vec{u}$ et de $\overrightarrow{AB}$ vaut
$$D = x'(\theta)(s_2 - s_1) - y'(\theta)(c_2 - c_1)$$ $$= -\tfrac{2}{3}\,(P + Q),$$avec
$$P = (s_2 + s_1)(s_2 - s_1) = s_2^2 - s_1^2,$$ $$Q = (c_2 + c_1)(c_2 - c_1) = c_2^2 - c_1^2.$$Donc $P + Q = (s_2^2 + c_2^2) - (s_1^2 + c_1^2)$ $= 1 - 1 = 0$, puisque $\cos^2 x + \sin^2 x = 1$. Ainsi $D = 0$.
Les vecteurs sont colinéaires : la corde $(AB)$ est tangente en $M$ à la courbe. La courbe décrite par $M$ touche chaque corde sans la traverser : c'est l'enveloppe.
Pourquoi un cœur ? En écrivant $M = \tfrac{2}{3}e^{i\theta} + \tfrac{1}{3}e^{2i\theta}$, on reconnaît le mouvement d'un point fixé sur un petit cercle de rayon $\tfrac{1}{3}$ dont le centre $\tfrac{2}{3}e^{i\theta}$ tourne autour de l'origine, pendant que le point tourne deux fois plus vite. C'est le cercle de rayon $\tfrac{1}{3}$ qui roule sans glisser autour d'un cercle fixe de même rayon : la courbe est une épicycloïde à un point de rebroussement, la cardioïde. Ce point de rebroussement est en $\theta = \pi$, où $x' = y' = 0$ : $M = -\tfrac{1}{3}$.
Le même calcul marche pour la table de $k$ : la corde de $e^{i\theta}$ à $e^{ik\theta}$ est tangente au point
$$M = \frac{k}{k+1}\,e^{i\theta} + \frac{1}{k+1}\,e^{ik\theta},$$qui décrit une épicycloïde à $k - 1$ points de rebroussement. Pour $k = 3$, c'est la néphroïde (en forme de rein), à deux points de rebroussement ; pour $k = 6$, une fleur à cinq pétales. On la reconnaît dans une tasse de café éclairée de côté : la lumière réfléchie par le bord forme une néphroïde ou une cardioïde, selon la position de la source.
Mathologer a fait remarquer que la cardioïde de la table de $2$ a exactement la forme de la grande « bulle » de l'ensemble de Mandelbrot, défini lui aussi avec les nombres complexes (voir le texte La fractale de Mandelbrot). Les deux dessins de ce texte, mosaïques et cercles, racontent la même idée : un calcul modulo un nombre devient une figure périodique, sur un quadrillage ou sur un cercle.
Ce texte n'est pas un Grand Oral. Il rassemble des connaissances dans lesquelles chacun peut choisir une direction, la creuser et formuler sa propre question. Quelques directions possibles :
Le jury peut interroger sur les chapitres mobilisés. Avec ce thème, il est utile de connaître parfaitement : en mathématiques expertes, les congruences et leurs règles de calcul, le théorème de Bézout, le théorème de Gauss et les nombres premiers, les nombres complexes (forme algébrique, conjugué, module, forme exponentielle) et les racines $n$-ièmes de l'unité ; en spécialité, la dérivation des fonctions trigonométriques et la formule $\cos^2 x + \sin^2 x = 1$, les vecteurs colinéaires.
Pour réviser les chapitres de spécialité, l'application Maths FlashBac reprend tout le cours en cartes.