← Tous les textes du Grand Oral
MathsHGGSPPC
Pendant plus de mille ans, de l'Antiquité grecque au XVIIe siècle, l'astrolabe a été l'instrument savant par excellence : un disque de laiton de la taille d'une main qui permet de lire l'heure dans le ciel, de mesurer la hauteur d'une tour, de prévoir le lever du Soleil ou de trouver la direction de La Mecque. C'est une carte du ciel qui tourne.
Sa construction repose sur une idée géométrique remarquable, la projection stéréographique, qui transforme une sphère en un plan en gardant les cercles et les angles. Ce texte la présente avec les outils de terminale (repère de l'espace, équations de plans, produit scalaire, trigonométrie), puis montre l'instrument en action, son histoire et ses usages actuels. Il rassemble des connaissances ; à chacun d'y choisir une direction et d'y construire sa question.
Pour construire un astrolabe, on adopte le point de vue d'un observateur terrestre, qui est aussi celui des astronomes de l'Antiquité : les étoiles semblent fixées sur une immense sphère céleste centrée sur la Terre, qui tourne autour de l'axe des pôles en un peu moins de 24 heures. Le Soleil, lui, se déplace lentement sur cette sphère au fil de l'année, le long d'un grand cercle incliné d'environ $23{,}44^\circ$ sur l'équateur céleste : l'écliptique.
Chaque étoile est repérée par deux angles, comme une ville sur la Terre :
L'astrolabe est un modèle réduit de cette sphère, aplati sur un disque. Il ne dit rien sur la nature des étoiles ni sur le mouvement réel de la Terre : il décrit ce que l'on voit, et c'est pourquoi il a pu servir aussi bien avant qu'après Copernic.
Un astrolabe planisphérique est un empilement de pièces autour d'un axe central :
Toute la difficulté est de dessiner le tympan et l'araignée : comment représenter sur un disque plat des cercles tracés sur une sphère ? C'est le rôle de la projection stéréographique.
On représente la sphère céleste par une sphère de centre $O$ et de rayon $1$, dans un repère orthonormé $(O\,;\vec\imath,\vec\jmath,\vec k)$ de l'espace. L'axe $(Oz)$ est l'axe des pôles : le pôle Nord céleste est $N(0\,;0\,;1)$ et le pôle Sud est $S(0\,;0\,;-1)$. Le plan d'équation $z = 0$ est le plan de l'équateur céleste ; c'est lui qui deviendra le tympan.
Soit $M$ un point de la sphère, distinct de $S$. Son projeté stéréographique est le point $M'$ où la droite $(SM)$ coupe le plan de l'équateur.
On « regarde » donc la sphère depuis le pôle Sud, et on note où chaque rayon visuel traverse le plan de l'équateur. L'hémisphère Nord se projette à l'intérieur du cercle équatorial, l'hémisphère Sud à l'extérieur, d'autant plus loin qu'on s'approche de $S$. C'est pourquoi un astrolabe pour l'hémisphère Nord s'arrête au tropique du Capricorne : au-delà, le dessin deviendrait immense.
Prenons le point $M(0\,;0{,}6\,;0{,}8)$. Il est bien sur la sphère car $0^2 + 0{,}6^2 + 0{,}8^2 = 0{,}36 + 0{,}64 = 1$.
Soit $M(x\,;y\,;z)$ un point de la sphère avec $z \neq -1$.
Étape 1. Le vecteur $\overrightarrow{SM}$ a pour coordonnées $(x\,;y\,;z+1)$, donc la droite $(SM)$ admet la représentation paramétrique
$$x_t = t\,x,\qquad y_t = t\,y,$$ $$z_t = -1 + t\,(z+1).$$Étape 2. Le point de paramètre $t$ est dans le plan d'équation $z = 0$ si et seulement si $-1 + t\,(z+1) = 0$, c'est-à-dire $t = \dfrac{1}{1+z}$ (possible car $z + 1 \neq 0$).
Étape 3. On obtient le projeté :
$$M'\left(\frac{x}{1+z}\,;\ \frac{y}{1+z}\,;\ 0\right).$$Comme $M'$ est dans le plan de l'équateur, on le repère désormais par ses deux coordonnées $(X\,;Y)$ : $X = \dfrac{x}{1+z}$ et $Y = \dfrac{y}{1+z}$.
Une étoile de déclinaison $\delta$ est à la hauteur $z = \sin\delta$ et à la distance $\cos\delta$ de l'axe des pôles. D'après les formules, son projeté est à la distance
$$OM' = \frac{\cos\delta}{1+\sin\delta}$$du centre du tympan. Tous les points de même déclinaison (un « parallèle » du ciel) ont donc leur projeté sur un cercle de centre $O$ : c'est le premier cas où un cercle reste un cercle. On en déduit les trois cercles gravés sur tous les tympans :
| Cercle | $\delta$ | Rayon $OM'$ |
|---|---|---|
| Tropique du Cancer | $23{,}44^\circ$ | $\approx 0{,}656$ |
| Équateur | $0^\circ$ | $1$ |
| Tropique du Capricorne | $-23{,}44^\circ$ | $\approx 1{,}524$ |
Le pôle Nord ($\delta = 90^\circ$) se projette au centre. Remarque : le produit des rayons des deux tropiques vaut exactement $1$, car
$$\frac{\cos\delta}{1+\sin\delta} \times \frac{\cos\delta}{1-\sin\delta} = \frac{\cos^2\delta}{1-\sin^2\delta} = 1.$$Sur un vrai astrolabe dont le limbe intérieur (le tropique du Capricorne) mesure $8$ cm de rayon, l'équateur a donc un rayon de $8 \div 1{,}524 \approx 5{,}25$ cm et le tropique du Cancer $5{,}25 \times 0{,}656 \approx 3{,}44$ cm.
Sur un tympan, l'horizon et les almucantarats sont des cercles qui ne sont pas centrés en $O$. Pour les tracer au compas, il faut savoir que tout cercle de la sphère qui ne passe pas par $S$ se projette sur un cercle. C'est la propriété fondamentale de la projection stéréographique. Sa démonstration se fait en trois étapes.
Soit $M(x\,;y\,;z)$ sur la sphère, $z \neq -1$, et $M'(X\,;Y)$ son projeté. On note $\rho^2 = X^2 + Y^2$.
a. D'après les formules, $x = X(1+z)$ et $y = Y(1+z)$, donc
$$x^2 + y^2 = \rho^2\,(1+z)^2.$$b. Comme $M$ est sur la sphère, $x^2 + y^2 = 1 - z^2$, qui se factorise en $(1-z)(1+z)$.
c. En égalant et en divisant par $1+z \neq 0$ :
$$\rho^2\,(1+z) = 1 - z.$$d. On résout cette équation d'inconnue $z$ : $z\,(\rho^2 + 1) = 1 - \rho^2$, donc
$$z = \frac{1-\rho^2}{1+\rho^2}$$et donc
$$1 + z = \frac{2}{1+\rho^2}.$$e. Finalement :
$$x = \frac{2X}{1+\rho^2},\qquad y = \frac{2Y}{1+\rho^2},$$ $$z = \frac{1-\rho^2}{1+\rho^2}.$$Vérification avec l'exemple : pour $M'\left(0\,;\frac13\right)$, $\rho^2 = \frac19$, $1 + \rho^2 = \frac{10}{9}$, donc $y = \frac{2/3}{10/9} = 0{,}6$ et $z = \frac{8/9}{10/9} = 0{,}8$ : on retrouve bien $M(0\,;0{,}6\,;0{,}8)$.
Un cercle tracé sur la sphère est l'intersection de la sphère avec un plan $\mathcal P$, d'équation cartésienne $ax + by + cz = d$ (avec $(a\,;b\,;c) \neq (0\,;0\,;0)$).
Étape 1. Un point $M$ de la sphère est sur le cercle si et seulement si ses coordonnées vérifient l'équation de $\mathcal P$. On remplace $x$, $y$, $z$ par leurs expressions en fonction de $X$ et $Y$ :
$$a\,\frac{2X}{1+\rho^2} + b\,\frac{2Y}{1+\rho^2} + c\,\frac{1-\rho^2}{1+\rho^2} = d.$$Étape 2. On multiplie par $1+\rho^2 > 0$ :
$$2aX + 2bY + c - c\rho^2 = d + d\rho^2.$$Étape 3. On regroupe les termes en $\rho^2 = X^2 + Y^2$ :
$$(c+d)\,(X^2 + Y^2)$$ $$= 2aX + 2bY + c - d.$$Étape 4 (cas où $c + d = 0$). Il reste $2aX + 2bY + c - d = 0$ : c'est l'équation d'une droite. Or $c + d = 0$ signifie que $S(0\,;0\,;-1)$ vérifie l'équation de $\mathcal P$ : ce cas est celui des cercles qui passent par $S$.
Étape 5 (cas où $c + d \neq 0$). On note $k = c + d$, on divise par $k$ et on fait apparaître des carrés (forme canonique en $X$ et en $Y$) :
$$\left(X - \frac{a}{k}\right)^2 + \left(Y - \frac{b}{k}\right)^2$$ $$= \frac{a^2 + b^2}{k^2} - \frac{d-c}{k}.$$En réduisant au même dénominateur, le membre de droite vaut
$$\frac{a^2 + b^2 + c^2 - d^2}{(c+d)^2}.$$Étape 6. Ce nombre est strictement positif. En effet, le plan $\mathcal P$ coupe la sphère selon un vrai cercle, donc sa distance au centre $O$, qui vaut $\frac{|d|}{\sqrt{a^2+b^2+c^2}}$, est strictement inférieure au rayon $1$ ; d'où $d^2 < a^2 + b^2 + c^2$.
Conclusion. Le projeté du cercle est le cercle de centre $\Omega\left(\frac{a}{c+d}\,;\frac{b}{c+d}\right)$ et de rayon
$$R = \frac{\sqrt{a^2 + b^2 + c^2 - d^2}}{|c+d|}.$$Le calcul ne demande que l'équation d'un plan et l'équation d'un cercle ; la formule de la distance d'un point à un plan, utilisée à l'étape 6, se retrouve en terminale avec le projeté orthogonal de $O$ sur $\mathcal P$. Les méridiens du ciel (cercles passant par les deux pôles) passent par $S$ : ils deviennent des droites passant par $O$, ce qu'on voit sur les tympans.
Plaçons-nous à Paris, de latitude $\varphi \approx 48{,}85^\circ$. Pour un observateur, la direction du zénith (la verticale) fait l'angle $\varphi$ avec l'équateur céleste. On choisit le repère pour que le zénith soit le point $Z(0\,;\cos\varphi\,;\sin\varphi)$ de la sphère.
L'horizon coupe donc l'axe vertical du tympan en $0{,}874 - 1{,}328 \approx -0{,}454$ (côté nord, sous le pôle) et en $0{,}874 + 1{,}328 \approx 2{,}20$, au-delà du tropique du Capricorne : sur l'instrument, l'horizon est coupé par le limbe.
Plus généralement, les points de hauteur $h$ au-dessus de l'horizon sont ceux pour lesquels $\overrightarrow{OZ}\cdot\overrightarrow{OM} = \sin h$, soit le plan $\cos\varphi \cdot y + \sin\varphi \cdot z = \sin h$. La formule donne l'almucantarat de hauteur $h$ :
$$\text{centre } \left(0\,;\ \frac{\cos\varphi}{\sin\varphi + \sin h}\right),$$ $$\text{rayon } \frac{\cos h}{\sin\varphi + \sin h},$$puisque $\cos^2\varphi + \sin^2\varphi - \sin^2 h = \cos^2 h$. Pour $h = 90^\circ$, le rayon est nul : c'est le zénith, projeté à la distance $\frac{\cos\varphi}{1+\sin\varphi} \approx 0{,}375$ au-dessus du centre. Un graveur du Moyen Âge obtenait ces cercles par des constructions à la règle et au compas ; la formule donne le même résultat.
L'écliptique est un grand cercle incliné de $\varepsilon \approx 23{,}44^\circ$ sur l'équateur. Son plan passe par $O$ ; on peut l'écrire $-\sin\varepsilon \cdot y + \cos\varepsilon \cdot z = 0$. La formule donne un cercle de centre $\left(0\,;-\tan\varepsilon\right)$ et de rayon $\frac{1}{\cos\varepsilon}$, soit environ $0{,}434$ et $1{,}090$.
On vérifie que ce cercle touche les deux tropiques : $1{,}090 - 0{,}434 = 0{,}656$ et $1{,}090 + 0{,}434 = 1{,}524$. C'est logique : le Soleil atteint le tropique du Cancer au solstice de juin et celui du Capricorne au solstice de décembre. Sur l'araignée, l'écliptique est le grand cercle excentré, gradué avec les signes du zodiaque ou les dates de l'année.
La seconde propriété est plus subtile : si deux courbes de la sphère se coupent sous un certain angle, leurs projetés se coupent sous le même angle. On dit que la projection stéréographique est conforme. Par exemple, l'équateur et un méridien se coupent à angle droit sur la sphère ; sur le tympan, le cercle de rayon $1$ et une droite passant par son centre se coupent aussi à angle droit. De même, l'écliptique touche les tropiques sur la sphère, et les cercles projetés se touchent.
Cette propriété semble avoir été démontrée pour la première fois par l'Anglais Thomas Harriot vers 1590, dans des notes restées inédites ; la première démonstration publiée est due à Edmond Halley, à la fin du XVIIe siècle. Les astronomes l'utilisaient pourtant sans le savoir depuis l'Antiquité : les constellations gardent leur forme sur l'araignée.
L'angle de deux courbes en un point $M$ est l'angle de leurs tangentes en $M$. Ces tangentes sont dans le plan tangent à la sphère en $M$, le plan qui passe par $M$ et qui est orthogonal au rayon $[OM]$. La démonstration utilise le plan tangent en $S$, noté $\mathcal T$ : il est orthogonal à $(OS)$, donc parallèle au plan de l'équateur.
Étape 1. Soit $t_1$ une tangente à la sphère en $M$, qui coupe $\mathcal T$ en un point $K_1$. La droite $(K_1S)$ est contenue dans $\mathcal T$, donc orthogonale à $(OS)$ ; de même, $(K_1M)$ est orthogonale à $(OM)$. Par le théorème de Pythagore dans les triangles $OSK_1$ et $OMK_1$, rectangles en $S$ et en $M$ :
$$K_1S^2 = OK_1^2 - 1 = K_1M^2,$$donc $K_1S = K_1M$.
Étape 2. Soit $t_2$ une deuxième tangente en $M$, qui coupe $\mathcal T$ en $K_2$ ; on a de même $K_2S = K_2M$. Les triangles $K_1MK_2$ et $K_1SK_2$ ont leurs trois côtés de même longueur (le côté $[K_1K_2]$ est commun) : ils sont isométriques. Donc
$$\widehat{K_1MK_2} = \widehat{K_1SK_2}.$$Étape 3. Le projeté de la courbe de tangente $t_1$ a pour tangente, en $M'$, l'intersection du plan $(SMK_1)$ avec le plan de l'équateur (c'est là que tombent les rayons issus de $S$ qui longent la courbe près de $M$). Or le plan $(SMK_1)$ coupe les deux plans parallèles $\mathcal T$ et « équateur » selon deux droites parallèles : la tangente projetée est parallèle à $(SK_1)$. De même, la seconde tangente projetée est parallèle à $(SK_2)$.
Conclusion. L'angle des deux tangentes projetées est égal à $\widehat{K_1SK_2}$, donc à $\widehat{K_1MK_2}$, l'angle des courbes sur la sphère.
Si une tangente est parallèle à $\mathcal T$, le point $K$ n'existe pas ; on traite ce cas à part, ou par un passage à la limite. L'étape 3 admet une idée intuitive (la tangente au projeté est le projeté de la tangente), que l'on justifierait rigoureusement avec des dérivées.
La projection agrandit les petites figures d'un facteur $\frac{1}{1+z}$, le même dans toutes les directions (c'est une autre façon de dire qu'elle conserve les angles). Près du pôle Nord ($z = 1$), les longueurs sont divisées par $2$ ; sur l'équateur ($z = 0$), elles sont conservées ; près du pôle Sud, elles explosent. Les formes sont respectées, mais pas les tailles : comme la carte de Mercator, une projection stéréographique ne peut pas conserver les aires (voir le texte Construire des cartes).
Le programme ci-dessous le vérifie numériquement. Il part d'un point de la sphère, le déplace d'un tout petit pas vers le nord, vers l'est, puis en diagonale, et mesure les déplacements correspondants sur le plan.
On lit, pour chaque déclinaison, le même agrandissement vers le nord et vers l'est (égal à $\frac{1}{1+\sin\delta}$), un angle droit conservé, et l'angle de $45^\circ$ avec la diagonale conservé lui aussi. En revanche, l'agrandissement passe d'environ $7{,}5$ à $-60^\circ$ à environ $0{,}5$ près du pôle Nord : les aires sont multipliées par son carré.
On tient l'astrolabe suspendu par son anneau : la pesanteur le maintient dans un plan vertical. On tourne l'alidade jusqu'à voir l'astre (ou le sommet d'une tour) à travers les deux pinnules, et on lit l'angle sur le limbe du dos. Pour le Soleil, on ne regarde jamais à travers : on tourne l'alidade jusqu'à ce que le rayon qui passe par le trou de la première pinnule tombe sur le trou de la seconde.
Exemple. À $30$ m du pied d'une tour, on vise son sommet sous un angle de $35^\circ$, l'œil étant à $1{,}6$ m du sol. Dans le triangle rectangle formé par l'œil, le sommet et le point de la tour à hauteur d'œil :
$$\text{hauteur} = 30 \times \tan 35^\circ + 1{,}6$$ $$\text{hauteur} \approx 21{,}0 + 1{,}6 = 22{,}6 \text{ m}.$$Beaucoup d'astrolabes portent au dos un carré des ombres, deux échelles graduées de $0$ à $12$ qui donnent directement la tangente de l'angle visé sous forme de rapport : un ancêtre de la table de trigonométrie, gravé dans le laiton.
Plaçons-nous à la latitude $\varphi$, le zénith étant $Z(0\,;\cos\varphi\,;\sin\varphi)$. Un astre de déclinaison $\delta$ tourne autour de l'axe des pôles ; on repère sa position par son angle horaire $H$, l'angle dont il a tourné depuis son passage plein sud (le méridien). Il a pour coordonnées
$$M(\cos\delta\,\sin H\ ;\ \cos\delta\,\cos H\ ;\ \sin\delta).$$Sa hauteur $h$ au-dessus de l'horizon est le complément de l'angle $\widehat{ZOM}$, donc $\sin h = \cos\widehat{ZOM} = \overrightarrow{OZ}\cdot\overrightarrow{OM}$ :
$$\sin h = \cos\varphi\,\cos\delta\,\cos H + \sin\varphi\,\sin\delta.$$Le Soleil tourne de $15^\circ$ par heure ($360^\circ$ en 24 heures), et il est midi solaire quand $H = 0$.
Exemple : lire l'heure le 21 juin à Paris. Le matin, on mesure le Soleil à $h = 40^\circ$ de hauteur. Ce jour-là, $\delta \approx 23{,}44^\circ$.
L'astrolabe fait exactement ce calcul, sans aucune formule : on tourne l'araignée jusqu'à ce que le Soleil (placé sur l'écliptique à la date du jour) se trouve sur l'almucantarat de $40^\circ$, du côté est, puis on lit l'heure sur le limbe avec la règle. C'est un calculateur analogique : la géométrie de la projection remplace le calcul trigonométrique.
La figure ci-dessous est un astrolabe simplifié. Le tympan fixe porte les trois cercles des tropiques et de l'équateur (gris), l'horizon (vert foncé) et les almucantarats de $15^\circ$ en $15^\circ$ (vert clair) ; il se redessine quand on change de latitude, comme si l'on changeait de plaque. L'araignée mobile porte l'écliptique (orange), le Soleil à la date choisie et une douzaine d'étoiles brillantes (le point rouge est Véga). L'est est à gauche, l'ouest à droite, le sud en haut : le ciel tourne dans le sens des aiguilles d'une montre.
Réglages de départ : Paris le 21 juin, Soleil à $40^\circ$ le matin. Tournez l'araignée : le Soleil monte jusqu'au méridien (midi), puis redescend et passe sous l'horizon le soir.
L'heure obtenue est l'heure solaire vraie, celle d'un cadran solaire. Pour passer à l'heure de nos montres, il faut la corriger par l'équation du temps, par la longitude et par le fuseau horaire : c'est l'objet du texte La mesure du temps. Certains astrolabes portaient d'ailleurs au dos une table de l'équation du temps.
De la même façon, on lit sur l'instrument l'heure du lever et du coucher du Soleil à une date donnée (le Soleil sur le cercle de l'horizon), la durée du jour, la direction où il se lève. Dans le monde musulman, ces lectures servaient à fixer les heures des prières.
On attribue souvent l'idée de la projection stéréographique à l'astronome grec Hipparque (IIe siècle avant notre ère), mais aucun de ses textes sur le sujet ne nous est parvenu. Le plus ancien traité conservé est le Planisphère de Ptolémée (IIe siècle de notre ère), qui explique comment projeter les cercles du ciel sur un plan ; il ne nous est connu que par une traduction arabe et sa traduction latine.
Au IVe siècle, à Alexandrie, Théon aurait écrit un traité sur l'astrolabe, aujourd'hui perdu et connu seulement par des citations. Sa fille Hypatie, qui enseignait les mathématiques et l'astronomie, est souvent associée à l'instrument : son élève Synésios de Cyrène décrit dans une lettre un instrument qu'il a fait fabriquer grâce à ce qu'il a appris d'elle. Les historiens discutent encore de la nature exacte de cet objet. Le plus ancien traité de l'astrolabe conservé en grec est celui de Jean Philopon, au VIe siècle.
C'est dans le monde arabe et persan, à partir du VIIIe siècle, que l'astrolabe devient un instrument courant et perfectionné. Les savants de Bagdad, du Caire, de Damas ou d'Ispahan écrivent des traités, multiplient les tympans, ajoutent des tracés pour la direction de La Mecque (la qibla) et les heures des prières. On attribue à l'astronome persan al-Ṣūfī (Xe siècle) un traité décrivant des centaines d'usages de l'instrument. Une femme, Mariam al-Ijliya, est connue comme fabricante d'astrolabes à Alep au Xe siècle.
Les astrolabes passent en Europe par l'Espagne musulmane (al-Andalus), où Tolède et Cordoue sont de grands centres. Au Xe siècle, Gerbert d'Aurillac, futur pape Sylvestre II, contribue à faire connaître ces savoirs après un séjour en Catalogne. Beaucoup de noms d'étoiles de nos cartes viennent de l'arabe, souvent par l'intermédiaire des astrolabes : Aldébaran, Altaïr, Bételgeuse, Deneb, Rigel, Véga.
Vers 1391, l'écrivain anglais Geoffrey Chaucer, l'auteur des Contes de Canterbury, rédige un Traité de l'astrolabe pour son fils Lewis, âgé de dix ans. Il l'écrit en anglais et non en latin, pour qu'un enfant puisse le comprendre : c'est l'un des plus anciens textes techniques en langue anglaise. À Paris, vers 1400, l'atelier de Jean Fusoris fabrique des astrolabes, des horloges et des instruments astronomiques vendus aux princes de toute l'Europe (photographie du début de ce texte).
L'astrolabe est alors à la fois un outil de savant, un instrument pour l'astrologie (très liée à la médecine de l'époque), un objet d'enseignement et un objet de prestige. On peut en voir aujourd'hui au musée du Louvre, au musée des Arts et Métiers et à l'Institut du monde arabe, à Paris.
À la fin du XVe siècle, les navigateurs portugais simplifient l'instrument : l'astrolabe marin n'a plus ni tympan ni araignée. C'est une roue de bronze lourde et ajourée (pour que le vent ne la fasse pas tourner), avec une alidade et un limbe gradué. Il ne sert qu'à une chose : mesurer la hauteur du Soleil à midi pour connaître la latitude.
À midi, $H = 0$, et la formule de la hauteur devient, avec la formule d'addition du cosinus,
$$\sin h = \cos\varphi\,\cos\delta + \sin\varphi\,\sin\delta,$$c'est-à-dire
$$\sin h = \cos(\varphi - \delta).$$Pour un Soleil qui passe au sud du zénith, on en déduit $h = 90^\circ - (\varphi - \delta)$, c'est-à-dire
$$\varphi = 90^\circ - h + \delta.$$Exemple. Au départ de Lisbonne, le 21 juin, on mesure le Soleil de midi à $h \approx 74{,}7^\circ$. Avec $\delta \approx 23{,}44^\circ$, on trouve $\varphi \approx 90 - 74{,}7 + 23{,}44 \approx 38{,}7^\circ$, la latitude de Lisbonne. Les marins emportaient des tables donnant $\delta$ pour chaque jour de l'année. La longitude, elle, restera un problème jusqu'au XVIIIe siècle (voir La mesure du temps). L'astrolabe marin sera remplacé par l'octant puis le sextant, plus précis car ils visent l'horizon et le Soleil en même temps.
La carte ci-dessus est exactement un tympan d'astrolabe appliqué à la Terre. Parce qu'elle conserve les angles, la projection stéréographique polaire est utilisée pour cartographier l'Arctique et l'Antarctique : le système de coordonnées militaire et civil UPS (Universal Polar Stereographic) prend le relais de la projection de Mercator transverse au-delà de $84^\circ$ Nord et de $80^\circ$ Sud. Les cartes de la banquise utilisées pour suivre le réchauffement climatique sont souvent dessinées ainsi.
En cristallographie et en géologie, on représente les directions des faces d'un cristal ou l'orientation des couches de roches par des points sur une sphère, que l'on projette stéréographiquement sur un abaque appelé canevas de Wulff (du nom du cristallographe russe Georg Wulff, 1902). Comme les angles sont conservés, on mesure directement sur le papier l'angle entre deux faces.
Les cherche-étoiles en carton vendus aux astronomes amateurs (une carte du ciel tournante sous une fenêtre qui représente l'horizon) sont des descendants directs de l'araignée et du tympan. En mathématiques supérieures, la projection stéréographique sert à ajouter un « point à l'infini » au plan des nombres complexes, qui devient une sphère : la sphère de Riemann.
Une caméra à 360° enregistre toutes les directions autour d'elle, donc une sphère d'images. Pour en faire une photo plate, on peut projeter cette sphère depuis le point situé au-dessus de la caméra (le zénith) sur un plan : le sol se ramasse en un petit disque au centre, le ciel s'étale tout autour, et les bâtiments, verticaux, deviennent des rayons, comme les méridiens du tympan. Grâce à la conservation des angles, les formes des objets proches restent reconnaissables malgré l'énorme déformation des tailles.
Ce texte n'est pas un Grand Oral. Il rassemble des connaissances dans lesquelles chacun peut choisir une direction, la creuser et formuler sa propre question. Quelques directions possibles :
Le jury peut interroger sur les chapitres de spécialité mobilisés. Avec ce thème, il est utile de connaître parfaitement : les représentations paramétriques de droites et les équations cartésiennes de plans dans l'espace ; le produit scalaire dans l'espace, l'orthogonalité et le projeté orthogonal ; les positions relatives de droites et de plans (un plan coupe deux plans parallèles selon deux droites parallèles) ; l'équation d'un cercle dans le plan ; le cercle trigonométrique, les fonctions sinus et cosinus et les formules d'addition.
Pour réviser ces chapitres, l'application Maths FlashBac reprend tout le cours de spécialité en cartes.